Jonathan Trzop et Simon Richard, fiertés de Moncton
Jonathan Trzop :
En mai 2022, j’ai reçu un diagnostic officiel de rétinite pigmentaire, à 19 ans. Au moment où les médecins l’ont confirmé, il me restait environ 8 pour cent de vision dans chaque œil, soit à peu près 10 pour cent au total. Je me souviens d’être sorti de ce rendez-vous avec l’impression que tout mon avenir venait de basculer.
Ce matin-là, j’avais conduit moi-même jusqu’au collège, comme je l’avais toujours fait. Je suis passé de conduire, m’entraîner et planifier ma carrière à soudainement devoir me faire conduire et tout repenser.
À l’école intermédiaire et au secondaire, je me cognais constamment contre des choses, je ne voyais pas les obstacles, je fonçais dans les panneaux de plancher mouillé. Je pensais simplement que j’étais maladroit ou que je ne faisais pas attention. Dès 2015, les médecins avaient remarqué des taches noires sur ma rétine, mais les demandes de consultation avançaient lentement.
Lorsque j’ai enfin passé un véritable examen du champ visuel, les dommages étaient déjà importants.
Ce qui est étrange avec la rétinite pigmentaire, c’est que ce qu’on ne voit pas n’apparaît pas flou : c’est simplement absent. On ne se rend pas compte de ce qui manque jusqu’à ce que ça commence à affecter sa vie de façon plus importante.
Le hockey fait partie de ma vie d’aussi loin que je me souvienne. J’ai commencé à patiner vers six ou sept ans et j’ai joué au hockey mineur jusqu’au début de l’adolescence. À 12 ans, j’ai commencé à arbitrer, une voie inspirée par mon oncle, qui a passé des décennies à arbitrer dans le hockey junior majeur, dans des tournois internationaux et même aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010.
Après mon diagnostic, je croyais que le hockey, c’était terminé, autant comme joueur que comme arbitre.
Cet été-là, j’ai essayé de jouer dans une ligue locale de hockey-balle. On m’a présenté Simon Richard, capitaine adjoint de l’équipe nationale canadienne de hockey sonore. Nous nous sommes rencontrés pour un café au Tim Hortons avant le travail. Il m’a parlé du hockey sonore et m’a invité à venir essayer un camp.
À la fin de l’automne, j’étais de retour sur la glace — découvrant cette fois le hockey sonore pour la première fois. En mars 2023, j’ai joué dans la division Ouverte du Tournoi national canadien de hockey sonore. Je suis immédiatement tombé amoureux de ce sport.
Je me suis beaucoup concentré sur mon patinage. Sans vision complète, le travail des carres, l’équilibre et les virages serrés comptent plus que jamais. Mes années d’arbitrage avaient déjà contribué à développer mon coup de patin, et le hockey sonore l’a poussé encore plus loin.
Dès le tournoi national de 2023, je savais que c’était quelque chose que je voulais poursuivre sérieusement. C’est incroyable de faire partie du Tournoi national canadien de hockey sonore. Simon est maintenant ma plus grande source d’inspiration au hockey sonore, un modèle pour moi. Il continue de veiller à ce que je reste positif et à ce que je continue de travailler.
Aujourd’hui, ma vie est bien remplie. Je jongle avec les études, un travail à temps plein, le hockey et ma participation à un essai clinique visant à ralentir — voire arrêter — la progression de ma perte de vision. Tous les trois mois, je me déplace pour de longues journées de tests, ce qui comprend des examens du champ visuel, des tests d’adaptation à l’obscurité et des dilatations.
Si tout continue de bien aller, je pourrais subir une chirurgie conçue pour stopper la perte de vision dans un œil. Rien n’est garanti, mais même cette possibilité est quelque chose dont je suis reconnaissant.
Cette saison, le hockey sonore est venu à Moncton et c’était formidable. Ma famille, d’anciens coéquipiers et des collègues arbitres ont pu voir ce sport pour la première fois.
C’était incroyable de voir le reportage sur Sportsnet. Si le fait de partager mon histoire aide ne serait-ce qu’une personne à croire qu’il existe encore un chemin à suivre, sur la glace comme à l’extérieur, alors elle vaut la peine d’être racontée.
Simon Richard :
Je suis né avec une aniridie, ce qui signifie que je n’ai pas d’iris, ce muscle coloré en forme d’anneau à l’avant de l’œil qui contrôle la taille de la pupille. Cela fait de moi une personne aveugle au sens de la loi, avec une vision embrouillée et une sensibilité à la lumière.
À 5 ans, mes amis commençaient à jouer au hockey traditionnel, alors je voulais moi aussi commencer à jouer. C’était très difficile au début, car j’avais du mal à voir la rondelle et à suivre le jeu. Quand mon père a constaté mes difficultés, il a trouvé une façon de m’enseigner les concepts du jeu. Je peux encore me voir assis avec mon père à la table de la cuisine, lui avec son tableau d’entraîneur, en train de m’expliquer le positionnement de chaque joueur sur la glace ainsi que les concepts et les stratégies du jeu. Il avait un jeu qu’il appelait « Où est la rondelle? », où il plaçait des x et des o sur son tableau et je devais trouver où était la rondelle.
C’est ainsi que j’ai commencé à comprendre les schémas de jeu, à développer mon sens du hockey et à m’améliorer sur la glace. Je joue encore au hockey traditionnel avec des amis plusieurs fois par semaine, et ça m’aide dans mon entraînement pour les événements de hockey sonore, car le jeu est rapide et ça me garde aiguisé.
Je me suis plongé dans le parasport quand j’ai commencé à jouer au goalball à l’âge de 9 ans. À mesure que je progressais dans ce sport et que je réalisais que j’avais du potentiel, j’ai commencé, à 12 ans, à rêver de participer aux Jeux paralympiques. J’ai raté de peu mon objectif initial de faire partie de l’équipe pour les Jeux paralympiques de Londres en 2012 (à 18 ans), mais ça n’a fait que me donner plus de carburant pour continuer à me pousser et devenir le meilleur athlète possible. Quand j’ai été sélectionné pour les Jeux paralympiques de Rio en 2016, c’était littéralement un rêve devenu réalité. C’était, et ce sera toujours, un véritable honneur de porter la feuille d’érable sur son chandail. On sent vraiment que toute la nation est derrière nous. J’ai savouré chaque moment aux Jeux.
J’ai beaucoup aimé mes années de goalball, mais j’ai décidé de me donner un nouveau défi en jouant au hockey sonore et en aidant, là où je le peux, à faire grandir ce sport. Je fais maintenant partie de l’équipe nationale canadienne de hockey sonore depuis huit ans. L’objectif est de développer suffisamment le sport pour prendre part aux Jeux paralympiques d’hiver et établir une ligue professionnelle de hockey sonore. Dans ma carrière professionnelle, je suis aussi gestionnaire de programmes chez Parasport New Brunswick. Nous essayons de développer tous les sports paralympiques dans la province afin que plus d’enfants et d’adultes puissent jouer et vivre une expérience positive dans le parasport.
Le fait que le Tournoi régional de hockey sonore de l’Est ait été présenté dans ma ville natale de Moncton a vraiment été un honneur remarquable. Pouvoir jouer aux côtés de mon coéquipier local et membre de l’équipe nationale canadienne de hockey sonore Jonathan Trzop est très plaisant. Le lien avec Hockey Day in Canada a rendu le tout encore plus spécial : nous avons pu mettre en valeur notre passion pour le hockey et souligner l’incroyable potentiel de notre communauté du hockey sonore. Ce fut un immense privilège de représenter Moncton et toute la communauté du hockey sonore pendant les festivités de Hockey Day in Canada en prenant part au match des célébrités et en me joignant au panel de Sportsnet. J’espère sincèrement que cette visibilité nous mènera à découvrir de nouveaux joueurs de hockey sonore partout au Nouveau-Brunswick et au-delà.
Richard affirme que les Jeux paralympiques sont l’objectif ultime du hockey sonore : Sportsnet
Reportage de Sportsnet sur Moncton – Faire grandir le hockey sonore : Youtube